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- Nouméa 15 juin 1904, 14,1x9,6cm, une carte postale. - War pirogue. Handwritten signed postcard sent from Nouméa and addressed to Émile Mignard Nouméa 15 June 1904 | 14,1 x 9,6 cm | one postcard Handwritten signed postcard from Victor Segalen, sent from Nouméa and addressed to émile Mignard. A few lines written in black ink in the corner of the black and white photographic reproduction of a war pirogue in the Solomon Islands, handwritten address on the verso. Some minor stains and folding. "Nouméa 15 juin 1904, Affect.mt. Victor Seg." ("Nouméa 15 June 1904, Affect.ly, Victor Seg.") In 1904, Segalen took advantage of a short stay in Nouméa to continue the writing of Les Immémoriaux, a novel denouncing the agony of the Maori civilization decimated by the European presence, which was published under the pseudonym Max-Anély in 1907. [FRENCH VERSION FOLLOWS] Carte postale autographe signée de Victor Segalen, envoyée depuis Nouméa et adressée à Emile Mignard. Quelques lignes rédigées à l'encre noire au coin de la reproduction photographique en noir et blanc d'une pirogue de guerre des Îles Salomon, adresse manuscrite du correspondant au verso. Quelques taches et pliures sans gravité. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. "Nouméa 15 juin 1904, Affect.mt. Victor Seg." En 1904, Segalen profite d'un court séjour à Nouméa pour poursuivre l'écriture des Immémoriaux, roman dénonçant l'agonie de la civilisation maorie décimée par la présence européenne, qui paraîtra sous le pseudonyme de Max-Anély en 1907.
- Tahiti 25 mars & 5 avril 1903, 11,2x17,6cm, 6 pages sur un double feuillet et 1 feuillet simple. - Double lettre autographe de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Six pages rédigées à l'encre noire sur un double feuillet et un feuillet simple. Pliures transversales inhérentes à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Emouvante lettre du jeune médecin à son « petit frère » dans laquelle il tente de le faire venir auprès de lui. Segalen se trouve maintenant en Polynésie depuis deux mois. Bien qu'il jouisse des plaisirs tahitiens, son meilleur ami lui manque et il l'enjoint à venir le rejoindre : « Mon cher petit frère pour te montrer que ce n'est pas seulement en noircissant du papier à ton adresse que je pense à toi, je te soumets, entre autres, un projet d'établissement immédiat. [...] Le Gouverneur de Tahiti a demandé en France, par le précédent courrier, des médecins de renfort pour les îles Gambier, l'archipel de la Société et les Pomotous. Ces médecins seraient en même temps administrateurs. [...] Ils seraient pris de préférence parmi les médecins des colonies ou de la marine, mais aussi - avec demande du gouverneur, et ce serait le cas pour toi - parmi le civil. Solde : celle d'un médecin des colonies à 2 galons soit 5000 et quelques je crois, plus le logement. Engagement 4 ou 5 ans. Aux Pomotous, 5 f en plus par jour, mais la localité est invraisemblable ! Voyage d'aller et de retour par l'Amérique. Climat des plus sains. Vie oisive, béate. Je te la déconseille. Néanmoins ne serait-ce que comme pis-aller j'ai voulu t'indiquer ce débouché. Tu serais, sur une lettre du gouverneur à qui j'ai parlé de toi, pris haut la main et logé probablement à Raïatea, avec balades dans tout l'archipel de la Société. Si par hasard le projet t'intéressait, télégraphie-moi un mot à Nouméa (ACCEPTE par exemple) car je pars pour la Nouvelle Calédonie [...] ». A notre connaissance, Mignard n'accepta jamais la proposition de Segalen, malgré leur immense amitié : « Je te répète, écris-moi en total abandon. Tu m'as initié à ta notion spéciale de l'amitié. A toi de t'en servir, maintenant. » Une lettre de Segalen, envoyée depuis Nouméa le 3 mai 1903, nous apprend l'échec du projet : « Je devais t'avertir, mon bien cher Emile, des débouchés possibles. Je l'ai fait ; en te les déconseillant sous la forme de fonctions d'administrateur colonial. Je t'en dissuade d'autant plus maintenant que l'on m'apprend le rappel en France du Gouverneur de Tahiti. Avec lui sombrera sans doute son projet. Tu n'as pas à le regretter. » Belle lettre, témoignage du lien étroit qui unit Segalen à Mignard en dépit des milliers de kilomètres qui les séparèrent. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Nouméa 10 mai 1904, 11,5x18,1cm, 4 pages sur un double feuillet. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Quatre pages rédigées à l'encre noire et au crayon de couleur bleu sur un double feuillet. Pliure transversale inhérente à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Un problème d'ordre mécanique empêche la Durance de quitter Nouméa ; Segalen s'y trouve après avoir assisté au conseil de santé annuel réunissant chaque année les médecins des navires de la division française du Pacifique pour décider des convalescences, congés et mutations : « Tahiti est bien loin, mon cher Emile, Brest aussi ; tout est loin, reculé encore par la grisaille Nouméenne...L'attente...l'incertitude. Voici quinze jours de jeu de balançoire : retournerons-nous à Tahiti ? Nos chaudières sont agonisantes, les répartitions se compliquent... Désarmement à Saïgon ??? Cap-Horn à la voile (!!)...Mystère... » Il se languit de Tahiti : « Cela me ferait une vraie peine de manquer ce retour à Tahiti. Ce faux départ, cet adieu hémiplégique me navrerait. J'ai quitté mon île avec la certitude du retour, et néanmoins en faisant matériellement comme si je ne devais jamais y revenir. L'adieu à ce pays a ceci de spécial que c'est un adieu définitif, irrémédiable, non pas au pays peut-être (bien que les chances d'y repasser soient bien minimes), mais aux être aimés, que l'on retrouvera plus tard vieillis, déformés. » Cet arrêt forcé lui permet de s'adonner à la rédaction de ses Immémoriaux, qui paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme : « Je profite de cet interminable séjour en une ville insipide pour rédiger, rédiger à outrance toutes les notes vécues intensément à Tahiti. » Ces notes se trouvent pour la plupart dans le manuscrit des Immémoriaux et dans le Journal des Îles. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Nouméa 15 mai 1904, 11,5x17,8cm, 4 pages sur un double feuillet. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Quatre pages rédigées à l'encre noire et au crayon de couleur bleu sur un double feuillet. Pliure transversale inhérente à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Segalen se trouve à Nouméa, ville qu'il exècre, depuis début avril 1904. Il a assisté au conseil de santé réunissant chaque année les médecins des navires de la division française du Pacifique pour décider des convalescences, congés et mutations. Depuis plus de deux semaines, un problème d'ordre mécanique empêche la Durance de quitter Nouméa. Il avait même été envisagé, comme le relate Segalen dans une lettre écrite à Mignard le 10 mai 1904, le désarmement du navire vieillissant à Saïgon, sans escales à Tahiti. Il vient cependant d'apprendre qu'il pourra regagner son île pour quelques mois avant son retour en métropole : « Transes. Joyes. Retranses. Espoirs mitigés de retour vers Tahiti, et crainte subconsciente du désarmement à Nouméa, de mon passage sur la Meurthe, stationnaire du pays. Huit mois de Calédonie !!! Mon bilan des 15 derniers jours. Néanmoins tout semble s'arranger et surtout nos vieilles chaudières qui étaient en cause. J'aurais été fort triste de ne plus revoir Tahiti. » Pour une raison demeurée inconnue, un très beau passage concernant Tahiti a été barré au crayon de couleur bleu : « J'aurais été fort triste de ne plus revoir Tahiti. Le départ de cette île a cela de spécial qu'il est définitif et qu'il n'y a guère, pour les sympathies qu'on laisse là-bas, derrière soi, de valable Au Revoir. » Cet exil nouméen permet à Segalen de poursuivre la rédaction de ses Immémoriaux, qui paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme : « Les feuillets raturés s'accumulent ; j'espère rentrer avec les 2/3 de « composés » [...] Je voudrais avoir remis les épreuves avant ma prochaine campagne ; de façon à clore en même temps un gros morceau de vie intense, être paré à de nouveaux spectacles, resensibilisés pour de nouvelles races et de nouveaux soleils. » [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Nouméa 15 juin 1904, 12,2x16,4cm, 3 pages 1/2 sur un double feuillet. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Trois pages 1/2 rédigées à l'encre noire sur un double feuillet. Pliure transversale inhérente à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Segalen se trouve à Nouméa, ville qu'il exècre, depuis début avril 1904 : « Nouméa a cecy de morne : que c'est une stupide ville. » Il a assisté au conseil de santé réunissant chaque année les médecins des navires de la division française du Pacifique pour décider des convalescences, congés et mutations. Depuis un mois, un problème d'ordre mécanique empêche la Durance de quitter Nouméa : « Nous préparons imperturbablement notre départ, mon cher Emile, depuis un mois, et toujours « pour la semaine prochaine ». La ville se tord. On retape. On essaie. On retape - finalement peut-être serons-nous en mer Dimanche et à Tahiti pour le 1er Juillet. » Segalen trompe l'ennui comme il peut : « [...] j'y ai découvert une troublante jeune fille triste, aux pâles yeux pers, désabusée et frêle. Nous nous écrivons des choses désolées et préparons notre adieu. » En sus de ces missives amoureuses, il poursuit la rédaction de ses Immémoriaux, déplorant encore et toujours le manque de temps à y consacrer : « Ponctuellement je « couvre » cinq pages en 24 heures. Je vais plus vite depuis l'entraînement sérieux du mois dernier. Dire que cet élément métier, chronométrique et mesquin, est nécessaire, pour que la rêverie se réalise, et que l'idée se revête de Forme. » L'ouvrage paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Nouméa 16 septembre 1904, 12,2x16,4cm, 3 pages 1/2 sur un double feuillet. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Trois pages 1/2 rédigées à l'encre noire sur un double feuillet. Pliure transversale inhérente à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. La dernière lettre polynésienne de Segalen écrite depuis Nouméa : « La traversée usuelle, monotone, bien que rapide (13 jours) entre Tahiti-Nouméa, mon bien cher Emile. » Il relate ses derniers instants en terre tahitienne : « Derniers jours chargés, comme tu penses, avec des après-midi échevelés de paquets, promenades dernières, désirs ultimes de revoir encore et encore des sites familiers et des visages amis ; et des nuits blanches ; j'étais finalement éreinté à souhait et volontairement, quand je me suis embarqué. » Après presque deux ans sur l'île, Segalen ne semble pas ressentir de chagrin à l'idée de retrouver sa vie métropolitaine : « Tahiti a disparu dans un grain. Même pas l'apothéose lumineuse attendue. Mais, aux cours des longues siestes à la mer, le souvenirs hâtifs du départ ont fait place à ceux exquis et lents, des deux années mortes. Maintenant, dispos et en train, j'inhume après embaumement mes souvenirs figés ; je flaire et désire, au retour une vie très, très active. » [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Tahiti 23 août 1904, 11,5x18,1cm, 4 pages sur un double feuillet. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Quatre pages rédigées à l'encre noire sur un double feuillet. Pliure transversale inhérente à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Dernière lettre de Tahiti que Segalen envoya à son ami : « La dernière lettre avant le départ qui me rapproche, mon bien cher Emile. Donc, nous quittons Tahiti le 1er Septembre. Rien de changé en notre retour, que l'imprévu modifiera certainement. Serons à Nouméa vers le 13 Septembre. » Cette ultime lettre est l'occasion pour Segalen de dresser un bilan, assez surprenant de sobriété quand on sait avec quelle crudité il dévoilait à son ami ses aventures charnelles : « L'une des choses qui me laisseront ici le plus de regrets sont les « possibilités chirurgicales » quittées. Je m'étais mis, en ces temps derniers, aux yeux ; et les cataractes indigènes sont matières à cures bénévoles... Cela me fera sourire, plus tard, d'être quatrième sous-fifre, en un hôpital maritime, à une ouverture d'abcès. » Cet exil nouméen permet à Segalen de poursuivre la rédaction de ses Immémoriaux, qui paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme : « Le scénario de mon livre est bâti. J'aurai à mon retour, un mois de travail très dur, puis le laisserai mûrir pour reprendre mon Esthétique des Idées-Malades. J'ai besoin de deux ans d'Europe. » Le 29 janvier 1902, Segalen avait soutenu sa thèse dont le titre était L'observation médicale chez les écrivains naturalistes et traitait des névroses dans la littérature contemporaine. Sous l'impulsion de Gourmont et de Fleury il projetait d'approfondir son sujet et de publier l'ouvrage évoqué dans cette lettre ; cette publication ne verra jamais le jour. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Nouméa 3 & 6 mai 1903, 9,2x12,2cm, 4 pages sur une carte lettre. - Lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Quatre pages rédigées à l'encre noire sur une carte lettre. Monogramme de Victor Segalen, créé par lui et tracé de sa main en bas à gauche de l'adresse. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Dans une lettre du 25 mars 1903, Segalen avait parlé à Mignard de la probable création d'un poste de médecin en Polynésie : « Le Gouverneur de Tahiti a demandé en France, par le précédent courrier, des médecins de renfort pour les îles Gambier, l'archipel de la Société et les Pomotous. Ces médecins seraient en même temps administrateurs. » Cette nouvelle lettre, rédigée un peu plus d'un mois plus tard, nous apprend l'avortement de ce projet : « Je devais t'avertir, mon bien cher Emile, des débouchés possibles. Je l'ai fait ; en te les déconseillant sous la forme de fonctions d'administrateur colonial. Je t'en dissuade d'autant plus maintenant que l'on m'apprend le rappel en France du Gouverneur de Tahiti. Avec lui sombrera sans doute son projet. Tu n'as pas à le regretter. » Segalen, présent en Polynésie depuis fin janvier 1903 est désormais bien intégré aux colons et aux indigènes, avec lesquels il pratique désormais la chasse : « Pourtant je te dirai avoir pris quelque plaisir à chasser, sur un grand pied, le cerf. Comme rabatteurs : des chiens, des gendarmes, des canaques. Comme armes : des mousquetons Lebel dont nous avions limé les balles pour les transformer en dum-dum [balle destinée à s'écraser dans le corps de l'animal sans le traverser] Comme gibier, une dizaine de cerfs acculés dans une presqu'île. » En dépit de ces loisirs très pittoresques, Segalen songe toujours à la création romanesque : « Néanmoins j'ai besoin de moins de remue-ménage pour m'attaquer à ce qui me hante. Et mon Promeneur de nuit m'obsède. Pendant mes quinze jours de mer je vais avancer ma documentation pour pouvoir dès mon arrivée à Tahiti, me mettre à l'ouvrage. » L'ouvrage portera finalement le titre Les Immémoriaux et paraîtra en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme. Pour l'heure, Segalen est prêt à tous les sacrifices pour se consacrer à ce travail qui l'obsède : « Je liquide ma femme comme trop absorbante et pas assez maorie : j'ai changé de case et je vais loger face récif. » Belle lettre évoquant l'obsédante création des Immémoriaux, superbe hommage de Victor Segalen à la civilisation maorie. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Papeete 10-20 & 23 février 1904, 20,7x27cm, 4 pages sur 2 feuillets. - Double lettre autographe de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Deux pages rédigées à l'encre noire sur deux feuillets. Pliures transversales inhérentes à l'envoi, rousseurs éparses. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. De retour après une tournée médicale aux Gambier et aux Îles Pomotou, Segalen retrouve Papeete où il consacre la majorité de son temps à l'exercice de la chirurgie : « Par la force des circonstances, je me suis trouvé dans l'île le seul médecin ayant quelque entraînement opératoire (mes deux derniers mois à Toulon) si bien que dès le début mes hésitations se sont effacées. Personne ne se souciant d'opérer, je l'ai fait, d'abord à défaut d'autres, maintenant parce que j'y prends goût, et que j'ai bénéficié de quelques cas heureux et chançards. [...] Peu à peu donc je me suis lancé, et maintenant j'ai une petite clinique à moi, ma salle d'opération chez moi ! et - sans orgueil - on m'adresse les cas difficiles (!).» Cette pratique intense de la médecine n'échappe pas à quelques préjugés raciaux symptomatiques de l'époque : « Je dois poser avant tout que l'élément indigène ou même demi-blanc est le terrain rêvé pour les interventions sanglantes, de par sa spéciale aptitude à réparer les plaies opératoires même septiques. » Le docteur Segalen s'étend ensuite longuement et précisément sur les opérations qu'il lui a été donné de réaliser : « J'ai opéré de la sorte, avec l'aide de mes confrères, ou les aidant de près : une hernie étranglée chez un demi-blanc de 50 ans, guérie ; enlevé de nombreuses chaînes ganglionnaires suspectes (guéries), de lipomes, des bourses séreuses professionnelles, un ostéo-sarcome de l'orbite qui récidive naturellement, un lipome de creux poplité guéri, une cataracte (résultat vague), un abcès énorme de la paroi abdominale... » La plus importante description demeure celle d'une intervention urologique : « ...et enfin participé à l'ablation d'une tumeur éléphantiasique du scrotum de 30 kg. L'opération a été faite chez moi, avec mon matériel, par le médecin nouvellement arrivé pour les Gambier. On a refait un habit à la verge et un nouveau scrotum ; quatre heures de travail jusqu'au dernier point de suture, qui est en bonne voie. » Le rythme soutenu des consultations ne fait pourtant pas oublier à notre écrivain ses travaux d'écriture et la création de ses Immémoriaux : « Dans tout cela, forcément mes projets littéraires stoppent un peu. J'ai d'abord essayé de fixer ma matinée à l' « écriture », à l'acte ingrat de fixer l'Imaginaire, de réaliser ; j'abattais mes cinq, six pages ; mais cela devait être précédé d'une maturation nocturne qui se tournait vers des temps opératoires ; je compte sur douze journées aux Îles-sous-le-vent pour avancer. J'ai deux chapitres de terminé. » L'uvre paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme. On apprend par cette lettre que l'article sur Gauguin sollicité par Saint-Pol-Roux (lettre du 15 octobre 1903 (« Oh dites-nous quelque chose sur ce malheureux de la Destinée qui fut souvent un grand artiste, et à sa manière un Maître. Comment se fait-il que vous n'ayez pas adressé quelque relation sur cette mort au Mercure de France qui l'eût accueillie avec enthousiasme ? ... ») est enfin parti vers la France dans des condition rocambolesques : «
- Manga-Reva & Tahiti 22 février & 1er mars 1903, 11,2x17,7cm, 6 pages 1/2 sur 2 doubles feuillets. - Double lettre autographe de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Six pages et demie rédigées à l'encre noire sur deux doubles feuillets. Pliures transversales inhérentes à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Belle lettre relatant la découverte de Manga-Reva et les jouissances polynésiennes de Segalen. De retour du sauvetage des Îles Pomotou, dévastées par un cyclone, Segalen découvre de nouvelles terres polynésiennes, notamment l'archipel des Gambier et l'île de Manga-Reva : « Manga-Reva mon bien cher Emile, c'est la terre capitale du groupe des Gambier. Enfin, ça nous change après notre périple funèbre à travers les Pomotou dévastées, de voir des arbres qui sont encore debout, et des cases intactes : puis, pour les natifs des Îles Basses que nous avons à bord, c'est un étonnement que d'apercevoir une montagne, des lignes ondulées d'horizon. En effet : schéma des Pomotou : [un petit dessin de la main de Segalen figurant une plaine et des cocotiers] Manga-Reva au contraire dresse deux pics de 400 m (presque le Menez Hom ! [L'un des points culminants de la Bretagne avec ses 330 mètres d'altitude]) au bas desquels nous avons mouillé hier. » Segalen semble enchanté de la découverte de ce nouveau territoire (« Pas de confrères, en ces terres paradoxales ; les indigènes-clients sont nombreux ; dociles et respectueux. ») et des ressources dont il regorge : « Ce tout petit patelin ne manque pas de charmes. Un climat très tempéré et des fruits en surabondance. Bananes. Mangues. Oranges. Ananas. J'approvisionne le carré de desserts abondants, honoraires de mes consultations. » Mais le jeune européen s'est pris de passion pour une autre richesse polynésienne : « Une nouvelle passion : les Perles. En France, elles semblent mortes, pâles. Ici, on les palpe, on les malaxe, on les caresse avec une certaine volupté. On les connaît comme des personnes, les belles Perles de la colonie. Elles ont leurs étapes, leurs files d'acquéreurs ; leur vie propre, aussi, car certaines meurent, littéralement. J'ai été heureux, pour mes débuts ; j'ai acheté pour 15 piastres chiliennes, soit 30 f, une jolie petite perle de un carat que l'on m'a estimée, au cours de Paris, au bas mot 150 f. C'est au fond une façon de ne pas mal placer son argent. Mais celle-là et ses futures congénères, je m'en séparerai peu probablement. Ce sera très suave, au retour, de faire monter cela finalement chez l'ami Lalique. Ou encore, de confier aux frères Hamms une grande nacre opalescente pour monter sur étain, en coupe à fruits. » Dans la seconde partie de cette lettre, rédigée depuis Tahiti où il est revenu, Segalen décrit ses journées après ce retour au calme : « Me suis définitivement installé à terre. Jusqu'à présent, pas encore l'aveulissement colonial : j'achève, pour le Gouverneur qui le destine à Armée et Marine un récit du cyclone et de la tournée de la Durance. » Le 12 avril 1903 paraîtra en effet un long article intitulé « Vers les sinistrés - Cyclone des Îles Tuamotou 7 janvier 1903 » et dont voici un extrait : « Ainsi, l'Europe casanière apprendra que les îles Pomotou existent, puisqu'elles viennent d'être dévastées ; que des gens y habitent, puisque l'on compte, en une seule d'entre elles, près de quatre cents morts ; que la pêche des perles et des nacres y était fructueuse, puisque les pêcheries sont ensablées, ruinées pour longtemps. » Cette rédaction studieuse s'accompagne d'un apprentissage : « Je travaille ferme mo
- Tahiti 7 & 9 novembre 1903, 12x19,8cm, 6 pages sur 3 feuillets. - Double lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Six pages rédigées à l'encre noire sur trois feuillets lignés. Pliures transversales inhérentes à l'envoi, déchirure angulaire au premier feuillet (sans perte de texte), quelques restaurations à l'aide de bandes de papier. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Belle lettre sur l'amour, conjugué au passé, présent et futur. Segalen annonce à son ami le mariage d'une connaissance passée : « Une se marie qui nous eût été chère, mon cher petit. Car c'est d'elle que tu voulais me parler n'est-ce pas : Alice épouse ou épousera un juge de Châteaulin. Pendant ma fièvre, à San Francisco, m'avait obsédé l'idée qu'elle serait peut-être un jour ma femme ; alors qu'au départ nous étions certes sans une arrière-pensée. » Malgré sa vie sentimentale actuellement instable, il déclare solennellement : « J'ai confiance, forcément, pour nous, en l'avenir. Elle viendra, cette Désirée que nous attendons tous les deux. Alors nous serons plus forts, plus dignes d'Elle. Chaque « mieux » constaté en moi-même je le leur reporte en offrande. » Cette « Désirée », Victor la trouvera en la personne d'Yvonne Hébert, justement rencontrée par le biais d'Emile Mignard et qu'il épousera le 2 juin 1905. Quelques semaines après leur rencontre, il lui offrira un exemplaire de sa thèse enrichi d'un très bel envoi autographe qui n'est pas sans faire écho à notre lettre : « Pour ma fiancée aimée, mon Yvonne. Pour celle que j'ai toujours cherchée. En merci d'Elle même & en certitude d'affection infinie. 5 avril 1905 ». Mais revenons à Tahiti, où le docteur Segalen, après avoir vécu plusieurs relations quasiment maritale a pris des résolutions : « Complètement affranchi des Tahitiennes, j'ai trouvé bien plus intelligent, au lieu de m'asservir au sexe faible, de m'en servir sans plus de sentimentalité. Je dois avouer que Tahiti ne m'offre à vrai dire aucun type de femme vraiment et totalement désirable. » Il s'indigne même du comportement des nouveaux arrivants européens : « C'est ainsi d'ailleurs que le comprend mon médecin de division, le Dr Michel du Protet, le croiseur qui nous gère. Sitôt débarqué, il m'a demandé « des femmes ». J'ai pu noter, de sang froid et repu moi-même, les ruts terribles et comiques d'un état-major qui vient de faire 15 jours de mer. Papeete n'ayant pas de ces Maisons Hospitalières que..., ils ont failli violer quantité d' « honnêtes femmes ». Ainsi de même étions-nous, sans nous en rendre compte, à notre arrivée à Nouméa. » Les divagations amoureuses laissent cependant place au travail : « Je travaille. J'ai partagé ma maison en : deux pièces où j'habite et deux autres où j'opère avec Dufour, mon camarade de la Zélée. Ca devient une petite clinique. [...] Nous avons ce mois-ci enlevé : deux lipomes de la nuque, un sarcome de l'orbite, et opéré une appendicite enkystée. » Le docteur poursuit également, dans son temps libre, la rédaction de ses futurs Immémoriaux : « Tous les soirs j'ai un gros moment d'hésitation : entre une promenade en cotre, autour des îlots de la rade, par des clairs de lune blancs, avec de jolies petites filles caressantes ; et le retour solitaire à mon « dormir », et les 3 ou 4 h passées en face de grandes feuilles de papier blanc, où doivent se formuler les aventures de mon Promeneur-de-Nuit en quête d'une Bible maorie... » L'ouvrage paraîtra finalement en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l
- Tahiti 20 & 25 juillet 1903, 10x15,5cm, 7 pages sur 2 doubles feuillets. - Double lettre autographe de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Sept pages rédigées à l'encre noire sur deux doubles feuillets. Pliures transversales inhérentes à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Longue lettre évoquant le 14 juillet à Tahiti et les murs amoureuses des femmes tahitiennes. « Ce n'est pas un 14 Juillet qu'on célèbre aussi ; mais cette mémorable journée dure 8 jours. C'est horriblement Européanisé ; n'importe, c'est un prétexte à s'extérioriser et pendant de longues promenades, de garden-party, à se frôler à des tas de jeunes corps, souples, légèrement ambrés de par leur hérédité semi-canaque... » On décèle ici l'importance des idées de pureté raciale chez Victor Segalen qui prolongera dans les Immémoriaux et dans sa nouvelle intitulée La Marche du feu ses théories concernant le métissage, selon lui dernier fruit de la conquête coloniale. Il ne semble cependant pas appliquer à lui-même les principes ethnographiques qu'il développe et s'étend, comme à son habitude, sur ses aventures sexuelles avec les indigènes : « Car j'ai quitté pour un temps la Vahiné Tahitienne pur-sang, comme beaucoup trop lointaine de notre race. » Depuis son arrivée à Tahiti en janvier 1903, Segalen entretenait en effet une relation avec une jeune tahitienne du nom de Mara. Leur relation est arrivée à son terme : « Ma première épouse [Mara] ayant été expédiée dans son île - et y étant restée - j'ai hospitalisé durant une quinzaine une petite fille perdue, noceuse, éreintée de spasmes, d'alcool et de phtisie prochaine. [...] Puis je l'ai, elle aussi expédiée aux Pomotou où elle avait, comme maîtresse de négociant, une situation beaucoup plus stable à posséder. » Ce passage s'avère également être un document précieux concernant les murs sexuelles des Tahitiennes : « Je n'ai trouvé qu'une seule fois en rentrant chez elle, un canaque couché dans son lit. Je lui en ai fait doucement l'observation : elle m'a répondu que j'avais une demi-heure de retard, qu'elle était persuadée que je l'avais moi aussi trompée, et tenait à me le rendre immédiatement ; et qu'enfin elle ne s'était pas mise nue pour se donner à lui, mais avait gardé sa chemise, ce qui est ici une marque de haute décence. Je n'avais donc absolument rien à dire. » Segalen déplore pourtant le manque de docilité et l'émancipation de la gent féminine locale, rendue possible par la présence des colons : « Elles seraient parfaites, ces filles brunes à longs cheveux lisses, aux longs cils, à la peau veloutée, si, au lieu d'un siège en règle, de pourparlers et d'atermoiements, elles vous suivaient d'un geste, ainsi qu'autrefois elles s'exécutaient. Mais nos prédécesseurs les ont beaucoup trop gâtées. Elles sont de strictes maîtresses, afidèles (alpha privatif), fausses, égoïstes, et, cela va sans dire, fort peu intellectuelles, voire même intelligentes. A quoi bon, dès lors, avoir pour eux [sic] les égards qui seyent [sic] à une amante toute proche de nous, soumise, dévouée, comme on est plus certain de trouver dans les Espèces féminines moins éloignées de la nôtre. » [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- Îles Pomotou 2 & 21 janvier 1904, 11,5x15,4cm, 4 pages sur un double feuillet. - Double lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Quatre pages rédigées à l'encre noire sur un double feuillet. Pliures transversales inhérentes à l'envoi, une infime déchirure sans manque de texte à la pliure du premier feuillet. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Lettre écrite en mer alors que le docteur Segalen s'apprête à effectuer une nouvelle tournée médicale aux Îles Pomotou et revient de l'archipel des Gambier : « Nous venons, mon bien cher Emile, de passer cinq jours aux Gambier ; climat plus tempéré, par la latitude plus basse et les alizés immuables. Je suis, en ces tournées, le gros indépendant du bord, choyé des terriens qui ont besoin de moi car pas de médecin, et libre du bateau, mes vingt minutes de visite passées. Tous les matins un cheval m'attend à terre ; un étrange et solide cheval cagneux, museau court, petit et rond, d'une allure inconnue à Tahiti, et qui m'emmène avec un courage et une sûreté incroyables à travers la montagne. Étonné, je demande ses ascendants : c'est une bête de l'île de Pâques, venue jadis du Chili, un vrai « mustang »de prairies. » Segalen évoque dans cette lettre l'évangélisation des Gambier au milieu du XIXème siècle : « Manga Reva, aux Gambier, ce fut la honte de la mission catholique. Et le despotisme inquisitorial des premiers missionnaires, les P. Laval et Caret, des Picputiens (sic), y a laissé de profondes empreintes. Actuellement encore l'élément religieux y est louche. » Les Picpuciens furent envoyés par le Vatican afin de défaire les Polynésiens de l'influence des pasteurs protestants. A Mangareva, ils établirent une théocratie despotique dont les derniers feux flambent encore lors de la visite de Segalen : « Et j'ai dû, prévenu par le résident, procéder à l'enlèvement sur la Durance, sous couvert médical, d'une religieuse brimée, affamée, éreintée par sa supérieure. » Hormis ses tournées médicales, le docteur Segalen continue de se consacrer à la composition de ses Immémoriaux : « J'en ai fini avec ma période d'incubation Polynésienne. Parfois je m'exerce à penser en Tahitien. Puis je vérifie le degré de probabilisme sur les indigènes. Je vais avoir deux mois de tranquillité et vais donner un sérieux coup de collier. À mon départ pour Nouméa j'aurai terminé le 1/3 de mon livre, la partie fêteuse, guerrière, vrai-Maorie de l'ancien Tahiti. Je t'en enverrai, comme primeur, quelques chapitres. » Segalen est également sur le point d'expédier l'article sollicité par Saint-Pol-Roux dans sa lettre du 15 octobre 1903 (« Oh dites-nous quelque chose sur ce malheureux de la Destinée qui fut souvent un grand artiste, et à sa manière un Maître. Comment se fait-il que vous n'ayez pas adressé quelque relation sur cette mort au Mercure de France qui l'eût accueillie avec enthousiasme ? ... ») : « D'ici demain, pas un instant ; suis obligé de mener de front : un articulet à expédier au Mercure sur Gauguin, mon courrier et un accouchement interminable qui me vole mes nuits. » Un article apologétique intitulé « Gauguin dans son dernier décor » paraîtra effectivement en juin 1904 dans le Mercure de France. Segalen y décrit les derniers jours du peintre dans sa Maison du Jouir. [ENGLISH DESCRIPTION ON DEMAND]
- s.d. (1907), sujet : 12,4x18,9cm, planche : 15,1x20,9cm, une feuille. - Les Immémoriaux - Woodcut drawn, engraved and printed in color by George-Daniel de Monfreid for the frontispiece of Victor Segalen's novel [1907] | subject: 12,4 x 18,9 cm | board: 15,1 x 20,9 cm | one sheet Original color proof of a woodcut inspired by the work of Gauguin and engraved by George-Daniel de Monfreid for a frontispiece project, remaining unpublished, of Victor Segalen's Les Immémoriaux. Only one other original color proof and one print run, in black and white (see below), are known to date. Printed in two tones, green and brown, on old Japan and enhanced with gilt painting by the artist. This engraved woodcut was to illustrate, as a frontispiece, the original edition of Segalen's Les Immémoriaux, an ethnographic novel, directly inspired by his trip to Polynesia following in Gauguin's footsteps. Segalen, therefore, asked the painter's follower and closest friend to produce it, to whom he also offered Noa Noa, bought in Papeete during the auction sale of Gauguin's goods. A mutual friendship and admiration was then born between Segalen and Monfreid under the tutelary aegis of the late painter. It is also in constant reference to the Master, that the two friends produce this frontispiece, to which Segalen attached great importance but which he will be obliged to abandon due to publishing costs: "This is a lot more interesting for me: what will you do for my plate? If I dared to imagine something, it would be a formidable full-face figure, very plain, very worn, and of an androgyne with male tendences; in short, the Maori type described by Gauguin in his Noa Noa and produced by him in the carved wood that remained in Tahiti (face of a woman comparable to that which you possess) and of which I gave you a photograph I believe. [...] Are you in favor of reserving your frontispiece for luxury and friends' copies or of prostituting it in current copies? Allow me to renew a timid desire, expressed at your Vollard exhibition: if you print some more proofs from your color engravings, in pochoir, do not forget me." (Brest, 2 November 1906). Monfreid's response, 8 January 1907: "I have started looking for your plate. Ah! I will not describe it to you yet: it does not come according to what your book should evoke. Besides, I am not rich in imagination, let alone in "symbolism", I remain - as you have noticed - a "naturalist" (but not a "realist") and to summarize the impression of your Les Immémoriaux, one would have to be Gauguin. Finally, even so, I am not losing hope of doing something; only that I need a little more time to study it...". Monfreid will produce two trial woodcuts - whose sizes (22 x 12 cm and 23 x 16 cm) were not adapted to the edition - each time using the same formidable and frustrated figures Segalen wanted. Our woodcut seems to be the final version of these studies, perfectly adapted to the in-12 format of Mercure de France. However, the illustration includes the name of the author at the top, yet Segalen, a naval officer, could not sign a novel and had to choose a pseudonym, Max-Anély. This constraint may have contributed to this much-desired frontispiece being abandoned. However, in all likelihood, it was validated by the two trial woodcuts. Monfreid will also use the same male face to produce the ex-libris requested by Segalen. In his letter dated 2 November, the poet already imagined a confidential print for Monfreid's work. In the end, only two color copies of this proof, enhanced in gold, seem to have been preserved, the second being today in the collections of the Musée Maurice Denis in Saint-Germain-en-Laye. The artist had likely printed one for himself and offered the other to Segalen who dreamed of owning etching of the one he called his "Boss" and to whom he would dedicate his collection of poems, Peintures. [FRENCH VERSION FOLLOWS] Epreuve originale en couleur d'un bois inspiré de l'uvre de Gauguin et grav
- Papeete 7 & 15 décembre 1903, 11,3x15,4cm et 11,3x17,7cm, 9 pages et quelques lignes sur 2 feuillets doubles et un feuillet simple. - Double lettre autographe signée de Victor Segalen adressée à Emile Mignard. Neuf pages et quelques lignes rédigées à l'encre noire sur deux feuillets doubles et un feuillet simple. Pliures transversales inhérentes à l'envoi. Emile Mignard (1878-1966), lui aussi médecin et brestois, fut l'un des plus proches amis de jeunesse de Segalen qu'il rencontra au collège des Jésuites Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Brest. L'écrivain entretint avec ce camarade une correspondance foisonnante et très suivie dans laquelle il décrivit avec humour et intimité son quotidien aux quatre coins du globe. C'est au mariage de Mignard, le 15 février 1905, que Segalen fit la connaissance de son épouse, Yvonne Hébert. Longue lettre évoquant l'avancement des Immémoriaux et une gravure de Paul Gauguin. Segalen poursuit la rédaction de sa grande fiction, Les Immémoriaux, qui paraîtra en 1907 au Mercure de France sous le pseudonyme de Max-Anély (Max en hommage à Max Prat et Anély, l'un des prénoms de sa femme), Segalen n'étant pas autorisé, en sa qualité de médecin militaire, à signer une uvre fictionnelle de son patronyme. « Je me suis décidément attelé à la partie active de mon travail. Là encore, si les sources abondent, il me manque l'auditeur sympathique et avisé auquel je soumettrais, page par page, ma copie. Si je le mène à bonne fin je n'aurai qu'à me louer de ma campagne, ayant résisté à l'enlisement intellectuel prédit. [...] Enfin réussirai-je à terminer quelque chose, à tirer de moi autre chose qu'un désir fou d'uvrer, je commence à croire que oui. Je pars pour une tournée de trois semaines, calme, en des pays déjà connus, avec une formidable bibliothèque Polynésienne ; j'en reviendrai peut-être avec ¼ matériellement achevé. J'ai moins qu'autrefois l'obsession du verbe et j'écris avec plus de calme. » Mais il n'y a pas que l'écriture des Immémoriaux qui accapare Segalen. Entre temps, en octobre 1903, il a fait l'acquisition d'uvres et d'objets ayant appartenu au peintre Paul Gauguin qui venait de disparaître aux Marquises. Dans une lettre du 2 octobre 1903, il écrivait à Emile Mignard : « Je viens de gagner 450f dont 250 pour un accouchement assez ennuyeux. Sur ces 450 j'en ai consacré 200f à l'achat de toiles, bois sculptés, croquis, album, du peintre Paul Gauguin, l'un des meilleurs Impressionnistes, qui, réfugié aux Marquises, vient d'y mourir. J'ai acquis à bas prix, à la vente publique, d'admirables choses : deux portraits de lui, une grande toile où défilent des Tahitiens, des bois sculptés dont je ferai tirer des épreuves, des croquis, des notes... Je m'étais fait son champion, ici, car très ingrat, très isolé, haineux même, il était généralement détesté dans la colonie. » La vente aux enchères des biens et des uvres de Gauguin, demeurés dans sa Maison du Jouir après sa mort, eut lieu à l'automne 1903. L'un des rares acquéreurs présents lors de cette liquidation fut Victor Segalen qui permit ainsi le sauvetage de plusieurs pièces capitales du peintre qui risquaient d'être détruites dans l'indifférence générale. Segalen, qui avait espéré arriver à temps pour rencontrer Gauguin, ravive sa mémoire en tentant - malgré sa faible solde - d'acquérir un maximum d'uvres de son défunt mentor. Il évoque d'ailleurs ici une gravure du peintre : « T'expédie, en à propos de la mort de Gauguin, simplement, une gravure sur bois de lui, en double exemplaire, dont un pour l'ami Max [Prat] [...] C'est une idole monstrueuse et repue, dans un ciel tourmenté d'une coupée de grande vallée tahitienne. Le mot « Maruru » (prononcer : Maourourou) signifie : merci je suis content. » Segalen possédait en effet plusieurs épreuves de cette gravure représentant la divinité Hina ; un fragment de l'une d'entre elles était collé sur la page de garde de son Journal de voyage et on retrouvera la même silhouette de l'idole sur la couvertur
- Paris 18 mars 1905, 13,1x20,9cm, 3 pages sur un double feuillet. - Handwritten signed letter from Victor Segalen addressed to Emile Mignard: "Great success with my Gauguin unpacking" Paris 18 March 1905 | 13,1 x 20,9 cm | 3 pages on a double leaf Handwritten signed letter from Victor Segalen addressed to émile Mignard, three pages written in black ink on a double leaf of squared paper. Transverse folds from having been sent. One of the very rare letters recounting the extraordinary rescue of Gauguin's works by his "champion". Segalen left Tahiti, after having transited through Colombo, Port Said and Toulon, he is in Paris for a few days and tells his friend of the reactions to Gauguin's works that he brought back from Polynesia. The auction of Gauguin's goods and works, which remained in his Maison du Jouir after his death, took place in the autumn of 1903. One of the few purchasers present at the liquidation was Victor Segalen who thus made it possible to rescue several of the painter's capital pieces, which were at risk of being destroyed in general indifference. Segalen, who had hoped to arrive in time to meet Gauguin, revives his memory by trying to acquire - despite his low salary - as many works as possible from his late mentor. In his « Hommage à Gauguin » (preface to Lettres de Paul Gauguin à George-Daniel de Monfreid, 1918), he recounts this now incredible dispersion: "Then there is the judicial sale, in the most legal, most sordid forms. The 'useful' objects, clothing, cookware, preserves and wines were sold on site. Another auction sale took place in Papeete and included some paintings, two albums, the image of Satan and of the concubine Thérèse, the pediment and the panels of the Maison du Jouir, the painter's cane, his palette. For purchasers: merchants and civil servants; some naval officers; the reigning governor at the time; onlookers, a teacher of painting without pupils who became a public writer. [...] The palette fell to me for forty cents. I acquired at random everything that I could grasp on the run from the auction. A painting [Village breton sous la neige], presented upside down by the auctioneer who called it 'Niagara Falls', was met with great laughter. It became my property for the sum of seven francs. As for the woods - pediment and metopes from the Maison du Jouir, no one bid higher than my...one hundred cents! And they stayed with me. [...] The woods of the Maison du Jour, I then destined them to this Breton Mansion, at the other end of the world, that Saint-Pol-Roux also built as a final home, overlooking the Toulinguet bay, on the Atlantic peninsula. The palette, I could not decently pay better tribute to it than to the only one worthy of holding it, - not between his fingers, like a relic whose origin we assess with faith, - but passing the thumb through the oval to the double bevel which carries and presents the song of colors, ... to Georges Daniel de Monfreid. [...] This painting (Village breton sous la neige), I have kept. The gift itself would be insulting. Gauguin died painting it, it is a legacy." David Haziot's biography of Gauguin gives an accurate inventory of the works purchased by Segalen: "Segalen was able to acquire seven out of ten paintings. Among them the self-portrait Près du Golgotha [today at the Saõ Paulo Art Museum]. The sculptures Père Paillard and Thérèse disappeared, as did a second version of the three women by the sea including one breastfeeding at their feet. [...] Segalen [...] took away the sketchbook from Auckland, four of the five wooden panels that adorned the door of the Maison du Jouir (for 100 cents!), the photographs of Arosa, notably with the images of Borobudur and the Parthenon, and the Village breton sous la neige painted after the Concarneau disaster and which Gauguin took with him." These works, among the most famous of our artistic heritage, are today preserved at the Musée d'Orsay (Paris) and in other major world institutions. "Great succes